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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/245

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ne pense pas que je me laisse jamais repousser une queue comme celle que j’avais. »

Mme Marsch plia la grande mèche de cheveux châtains, et, quand elle se retourna pour la placer dans son portefeuille, à côté d’une mèche de cheveux gris et courts, on aurait pu voir la pauvre mère déposer un baiser sur ces deux reliques. Elle aurait voulu parler à Jo : mais ne put que lui dire : « Ma chérie, » et quelque chose dans sa figure fit penser à ses enfants qu’il fallait changer de sujet de conversation. Elles parlèrent alors aussi gaiement que possible de la bonté de M. Laurentz, puis de l’offre et du départ de M. Brooke :

« Qu’en pensez-vous, Jo ? lui dit Beth.

— Je pense, dit Jo, je pense que c’est très bien, absolument bien. Je ne puis penser autrement. »

On causa enfin de la perspective d’un beau temps pour le lendemain et du bonheur qu’elles auraient quand leur mère serait revenue, leur rapportant de vraies bonnes nouvelles.

Personne ne désirait aller se coucher ; mais, quand dix heures sonnèrent, Mme Marsch mit de côté l’ouvrage qu’elle venait de terminer et dit : « Venez, enfants. » Beth alla au piano et joua l’hymne favorite de son père. Elles commencèrent toutes bravement à chanter, mais bientôt les sons se refusèrent à sortir de leurs lèvres ; l’une après l’autre, elles durent se taire. Beth seule acheva la prière, car la musique était la manière d’exprimer ses sentiments qui l’intimidait le moins.

« Allez vous coucher, maintenant, mes filles bien-aimées, leur dit Mme Marsch après les avoir tendrement embrassées l’une après l’autre ; mais ne causez pas ce soir, car il faudra nous lever de bonne heure, et nous avons besoin de tout le sommeil possible. Bonsoir