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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/244

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tion, etc.. etc. Bref, il se faisait tard, et j’avais peur de ne pas réussir du tout, si je ne le décidais pas tout de suite. Vous savez, lorsque je commence quelque chose, je déteste l’abandonner ; je lui demandai de les prendre tels qu’ils étaient et je lui dis pourquoi j’étais si pressée. C’était bête, mais cela le fit changer de ton ; j’étais excitée en lui racontant mon histoire ; et sa femme, une dame très maigre, qui m’avait écoutée jusque-là sans se mêler à l’affaire, lui dit avec bonté : « Prenez-les, Thomas, et obligez la demoiselle. J’en ferais autant pour notre Jimmy, si j’avais des cheveux de quelque valeur. »

— Quel était ce Jimmy ? demanda Amy qui aimait à ce que les choses lui fussent expliquées jusqu’au bout.

— C’était leur fils qui est soldat. Ces choses font tout de suite des amis de gens inconnus. La femme du coiffeur me parla donc de son Jimmy pendant tout le temps que son mari me tondait et parvint à me distraire complètement.

— N’avez-vous pas eu un sentiment terrible quand le premier coup de ciseaux fut donné ? demanda Meg en frissonnant.

— J’ai regardé une dernière fois ma crinière, et ça a été tout. Je ne pleurniche jamais pour des bagatelles comme cela ! Je dois cependant confesser que je me suis sentie toute bizarre quand j’ai vu mes chers vieux cheveux sur la table, et que je n’ai plus senti sur ma tête que des petits bouts courts et raides. Il me semblait presque que j’avais un bras ou une jambe de moins. La femme me vit les regarder et m’en donna une grande mèche. Je vais vous la donner comme souvenir des gloires passées, maman, car c’est si agréable d’avoir des cheveux courts, que je