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ratifs étaient faits. Meg et sa mère achevaient quelques travaux de couture indispensables, et Beth et Amy s’occupaient du thé, pendant que Hannah finissait de repasser. Jo ne revenait pas. Elles commencèrent à s’inquiéter, et Laurie sortit pour aller à sa recherche, car personne ne savait ce que Jo, inquiète d’un refus possible de sa tante, pouvait avoir imaginé. Cependant il ne la rencontra pas, et bientôt elle revint seule. Elle avait, en entrant, un air très bizarre qui semblait un mélange de plaisir et de crainte, de satisfaction et de regret, et qui fut une aussi grande énigme pour sa famille que le petit rouleau d’or qu’elle mit devant sa mère en disant d’une voix étranglée :

« Voici ma contribution pour faire du bien à père et le ramener bientôt au milieu de nous.

— Où avez-vous eu cette grosse somme, ma chère ? Vingt-cinq dollars ! Jo, j’espère que vous n’avez rien fait d’irréfléchi.

— Non, c’est honnêtement à moi ; je ne l’ai ni mendié, ni emprunté, ni volé. Je l’ai gagné et je ne pense pas que vous me blâmiez, puisque ce que j’ai vendu était ma propriété. »

Tout en parlant, Jo ôta son chapeau, et un cri général se fit entendre, car ses longs cheveux épais étaient coupés courts.

« Vos cheveux, vos beaux cheveux ! oh ! Jo, comment avez-vous pu faire cela ? C’était votre beauté ! Ma chère enfant, il n’y en avait nulle nécessité. »

Mme Marsch la prit dans ses bras ; les deux têtes se confondirent dans une étreinte muette.

« Elle ne ressemble plus à notre Jo, dit-elle en se tournant vers ses autres enfants ; mais nous l’aimerons encore plus tendrement maintenant. »

Comme chacune se récriait, et que Beth embrassait