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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/209

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— Naturellement cela me plaira, et je vous donne ma parole d’honneur que je ne m’en moquerai pas. Allons, dites, Jo, et n’ayez pas peur.

— Cette idée, que je puisse avoir peur de vous ! riposta Jo. Eh bien, vous saurez que nous avons décidé de ne pas perdre nos vacances ; chacune de nous a eu une tâche et a travaillé de toutes ses forces. Les vacances sont presque finies, les tâches seront toutes faites à temps, et nous sommes très contentes de ne pas avoir été paresseuses.

— Vous avez bien raison d’être satisfaites, dit Laurie en songeant avec regret à ses journées inactives.

— Maman aime que nous soyons à l’air autant que possible ; nous apportons notre ouvrage ici et nous nous amusons bien. Par plaisanterie nous mettons de grands chapeaux, nous prenons de grands bâtons comme des voyageurs. Nous appelons cet endroit-ci la montagne du vrai repos, parce que d’ici nous pouvons regarder bien loin et nous voyons le pays où nous espérons aller vivre un jour. Voyez ! »

Laurie regarda ce que Jo lui montrait. À travers une éclaircie de bois on apercevait, par-dessus la blonde rivière, bien loin au delà de la grande ville entourée de prairies, les montagnes aux cimes bleues qui semblaient toucher au ciel. Le soleil se couchait et les eaux resplendissaient de la splendeur d’un soleil d’été ; des nuages dorés et rouge pourpre se reposaient sur le sommet des montagnes, et bien haut, dans la lumière rougeâtre, s’élevaient des pics blancs qui brillaient comme les clochers aériens de quelque cité céleste.

« Oui, c’est vraiment très beau ! dit doucement Laurie, car il sentait très vivement les beautés de la nature. C’était là, sous ma main, et sans vous je ne l’aurais jamais vu…