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en poussant des exclamations de joie, et leur jeune hôte s’écria :

« Soyez les bienvenus au camp Laurentz ! Veuillez, dans le capitaine Brooke, reconnaître le commandant en chef de l’expédition. Je serai, si vous le permettez, le commissaire général ; ces messieurs sont les officiers d’état-major, et vous, mesdames, vous êtes l’aimable compagnie. La tente est à votre usage spécial ; ce chêne est votre salon, celui-ci la salle à manger, et celui-là la cuisine du camp. Maintenant je vous propose une partie de crocket avant qu’il fasse trop chaud. »

Frank, Beth, Amy et Grâce s’assirent et regardèrent jouer les autres ; M. Brooke se mit avec Meg, Kate et Fred, et Laurie prit Jo, Sallie et Ned. Les Anglais jouaient bien ; mais les Américains jouaient encore mieux et contestaient chaque point, comme si l’esprit de 1776 les eût encore animés. Jo et Fred eurent ensemble plusieurs différends et furent même une fois très près d’une bataille de mots. Jo venait de manquer un coup, ce qui l’avait contrariée. Fred, dont le tour venait avant le sien, envoya sa propre boule un peu au delà des limites du jeu ; personne n’était très près, et en courant pour examiner sa boule, il lui donna, sans s’en vanter, un léger coup de pied qui la ramena dans les limites voulues.

« Et maintenant, miss Jo, je vais l’emporter sur vous, s’écria le jeune homme en se préparant à lancer sa boule.

— Vous avez poussé votre boule, contre toutes les règles, répliqua Jo ; je vous ai vu, vous avez perdu votre tour ; c’est le mien maintenant, dit Jo d’un ton bref.

— Je n’y ai pas touché, elle a roulé un peu peut-être, mais c’est permis ; ainsi laissez-moi passer, s’il vous plaît, que je fasse mon coup.