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que le moment n’était pas encore venu de lui parler raison, il se décida à partir et vint lui dire adieu.

« Souvenez-vous, lui dit-elle en essayant de sourire, car le mal de tête que lui avait prédit Laurie avait déjà commencé, souvenez-vous que je vous ai prié de ne donner aucun détail à maman.

— Je me tairai, » répondit tristement Laurie.

Ce petit aparté avait excité la curiosité d’Annie ; mais Meg était trop fatiguée pour bavarder, et elle remonta à sa chambre. Elle éprouvait le même sentiment de fatigue que si elle avait assisté à une mascarade, qui ne l’aurait pas autant amusée qu’elle l’avait espéré. Elle fut malade toute la journée du vendredi, et, le samedi, elle revint chez elle extrêmement lasse de ses quinze jours de plaisir.

Meg rapportait à la maison le sentiment intime qu’elle était restée assez longtemps au milieu du luxe des Moffat.

« C’est qu’il est bon d’être tranquille et de ne pas avoir toujours à prendre des airs de cérémonie, dit-elle à Jo. Notre « chez-nous » me paraît délicieux, quoiqu’il ne soit pas très beau.

— Je suis contente de vous entendre dire cela, ma chère Marguerite lui dit sa mère qui avait entendu son aveu, j’avais peur que notre chez-nous ne vous parut triste et laid, en comparaison de la belle maison que vous venez de quitter. »

Mme Marsch, depuis son retour, l’avait plusieurs fois regardée avec anxiété, car les yeux maternels découvrent vite les changements qu’apportent les choses dans l’esprit ou les manières de leurs enfants.

Meg avait raconté gaiement ses aventures et avait dit et redit combien elle s’était amusée ; mais quelque chose semblait encore peser sur son esprit, et, lorsque