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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/143

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a rougi ; — et sa robe de tarlatane. Elle s’était sentie au moment de pleurer et elle aurait voulu s’enfuir chez elle, dire ses troubles et demander des avis à sa mère ; mais, comme c’était impossible, elle avait fait tous ses efforts pour paraître gaie et, étant un peu excitée, elle y avait assez réussi pour que personne ne pût soupçonner combien cela lui coûtait. Pour tout dire, elle fut très contente quand, à la fin de la soirée, elle put aller tranquillement dans son lit. Une fois seule, quelques larmes vinrent rafraîchir ses joues brûlantes.

Les paroles de ses amies, relatives à sa mère et à Laurie, avaient ouvert un nouveau monde à Meg et troublaient la paix de l’ancien, où jusqu’alors elle avait vécu aussi heureuse qu’une enfant. Son amitié innocente pour Laurie était gâtée par les quelques mots qu’elle avait entendus ; sa foi en sa mère était un peu blessée par les plans mondains que lui attribuait Mme Moffat, laquelle jugeait les autres d’après elle-même, et sa bonne résolution de se contenter de la simplicité de toilette qui convenait à une jeune fille pauvre était affaiblie par la pitié de ses amies, qui semblaient penser qu’une robe comme la sienne était le plus grand malheur du monde.

La pauvre Meg passa la nuit sans dormir et se leva malheureuse, à moitié fâchée contre ses amies, et à moitié honteuse d’elle-même. Personne n’était en train de rien faire ce matin-là, et il était plus de midi lorsque les jeunes filles retrouvèrent assez d’énergie pour reprendre leur tapisserie. Quelque chose dans les manières de ses amies frappa immédiatement Meg ; elles la traitaient avec plus de respect, pensait-elle, prenaient un tendre intérêt à tout ce qu’elle disait, et la regardaient avec des yeux qui montraient visi-