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ses hôtes n’étaient pas des personnes particulièrement instruites ou distinguées, et que tout leur vernis ne suffisait pas à cacher un certain manque de véritable bonne éducation première. Mais cela lui paraissait très agréable d’assister à de grands dîners, de se promener en voiture, de mettre tous les jours sa plus belle robe et de s’amuser toute la journée. C’était tout à fait de son goût, et bientôt elle commença à imiter les manières et les conversations des personnes qui l’entouraient, à prendre de petits airs affectés, à faire des grâces, à entremêler sa conversation de phrases françaises, à onduler ses cheveux, à mettre des cols ouverts et à parler de modes et de théâtres aussi bien qu’elle le pouvait. Plus elle voyait les jolies robes et les mille objets de toilette d’Annie Moffat, plus elle enviait son sort et soupirait après la richesse. Lorsqu’elle pensait à son chez elle, elle le revoyait triste et nu ; sa vie de travail lui apparaissait plus dure que jamais, et, malgré les gants neufs et les bas de soie, elle se trouvait une jeune fille privée de bien des choses et peu heureuse.

Elle n’avait cependant pas beaucoup de temps pour se désoler, car les trois jeunes filles étaient très occupées à « prendre du bon temps » : elles couraient les magasins, se promenaient, à pied ou en voiture et faisaient des visites toute la journée ; le soir, elles allaient au théâtre ou au concert, ou avaient de petites réunions. Les sœurs aînées d’Annie étaient de très gentilles jeunes filles, et l’une d’elles était fiancée, ce qui paraissait à Meg excessivement intéressant et romanesque. M. Moffat était un vieux gros monsieur très affable qui connaissait M. Marsch ; et Mme Moffat, une grosse vieille dame très aimable, qui s’engoua de Meg aussi subitement que sa fille. Tout le monde la gâtait,