Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/138

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



« Non, je ne veux pas ! les bonnets à rubans ne vont pas avec les camisoles tout unies, et les gens pauvres ne devraient pas singer les riches.

« Je me demande si je serai jamais assez riche pour avoir de la vraie dentelle à mes robes et des nœuds sur mes bonnets !

— Vous avez dit l’autre jour que vous seriez parfaitement heureuse si vous alliez chez Annie Moffat, dit tranquillement Beth.

— Oui, je l’ai dit. Eh bien, c’est vrai. Je suis heureuse et ne veux plus me plaindre ; j’ai tort ; je suis trop enfant pour mon âge ; je suis moins sage que vous, Beth ; mais on dirait que plus on a de choses, plus on en désire. Là, maintenant tout est prêt, excepté ma robe de bal que je vais laisser à plier à maman, » dit Meg, dont le front s’éclaircit en regardant la robe de tarlatane blanche souvent repassée et raccommodée, qu’elle appelait d’un air important sa robe de bal.

Le lendemain, le temps était magnifique, et Meg partit gaiement pour quinze jours de vie nouvelle et de plaisirs. Mme Marsch, craignant que sa fille ne revînt moins contente de son sort, n’avait consenti à son départ qu’à contre-cœur : mais Meg avait tant supplié, Sallie avait tellement promis d’avoir bien soin d’elle, et aussi cela semblait si juste qu’elle prît un peu de plaisir après ce long hiver de travail, que la permission fut donnée et que Meg alla goûter pour la première fois de la vie mondaine.

La famille Moffat avait des habitudes très luxueuses, et la simple Meg fut d’abord intimidée par la splendeur de la maison et l’élégance de ses habitants. Mais, malgré leur vie frivole, ces personnes étaient très bonnes et mirent bientôt la jeune fille à son aise. Meg sentait peut-être, sans trop comprendre pourquoi, que