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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/128

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« Apportez vite, vite une planche ; arrachez-en une de la barrière. »

Jo ne sut jamais comment elle s’y était prise ; mais, obéissant aveuglément à Laurie, qui avait conservé tout son sang-froid, elle travailla avec une force incroyable, arracha une planche en un clin d’œil et la porta à Laurie, qui, couché à plat ventre sur la glace, parvint d’abord à attraper Amy par le bras ; puis, avec l’aide de Jo et de la planche jetée en travers du trou, à la retirer de l’eau.

L’enfant avait eu plus de peur que de mal.

« Enveloppons-la dans nos vêtements, dit Jo, redevenue elle-même ; débarrassons-nous de ces maudits patins, et portons-la à la maison. »

Elle s’était emparée d’Amy évanouie, et, tout en courant, couvrait de baisers son pauvre petit visage, plus blanc que le marbre.

Laurie avait peine à la suivre ; Amy s’était ranimée sous les caresses, sur le cœur de sa sœur. Quand, arrivée à la maison, sa mère et Jo l’eurent roulée dans des couvertures devant un bon feu, elle fondit en larmes et s’endormit presque subitement, à la grande terreur de Jo. Jo n’avait pas dit un mot pendant tout ce bouleversement ; ses vêtements étaient à moitié défaits, sa robe déchirée, et ses mains coupées et meurtries par la glace et les clous de la planche. Mais elle ne s’en apercevait pas. Lorsque Amy, bien endormie, mais d’un sommeil réparateur, eut été déposée dans son lit et que la maison fut tranquille, Mme Marsch, assise à côté du lit, s’occupa de Jo, et, l’attirant vers elle, se mit à bander ses mains abîmées.

« Êtes-vous sûre, mère, bien sûre qu’elle est saine et sauve ? murmura Jo en regardant avec remords la