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rant ; mais elle avait été si profondément blessée, que réellement elle ne pouvait pas encore pardonner complètement. Par un effort de volonté, elle empêcha ses larmes de couler, et dit brusquement, parce qu’Amy écoutait :

« L’action d’Amy était abominable, et elle doit comprendre qu’il ne serait pas juste que je la lui pardonnasse. »

Ce fut ainsi qu’elle se coucha, et il n’y eut pas de causeries joyeuses et confidentielles ce soir-là. La faute d’Amy pesait ainsi sur ceux mêmes qui ne l’avaient pas commise.

Le lendemain, Amy, qui avait cru pouvoir être très blessée de ce que ses ouvertures avaient été repoussées, commença à regretter de s’être humiliée, et, se trouvant à son tour l’offensée, elle se mit à se glorifier de sa vertu d’une manière particulièrement exaspérante. Jo était d’une humeur peu agréable, et rien n’allait bien ce jour-là : il faisait très froid ; le précieux petit pâté chaud tourna dans la boue ; tante Marsch était encore plus grondeuse que d’habitude, et, lorsque Jo revint à la maison, elle trouva Meg toute pensive, Beth tout attristée, et Amy qui faisait beaucoup de remarques sur les personnes qui parlaient toujours d’être sages, et cependant ne voulaient pas essayer, lorsque d’autres leur donnaient l’exemple de la vertu. C’était absurde…

« Que tout le monde est donc détestable ! s’écria Jo. Je vais aller demander à Laurie de venir patiner avec moi ; il est toujours convenable et gai, il me remettra peut-être dans mon assiette habituelle. »

Et elle sortit de la chambre.

Amy, entendant le bruit des patins, regarda dans la rue en poussant une exclamation d’impatience.