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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/120

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oubliait de temps en temps ses grands airs et agissait alors comme un enfant gâté. Juste au moment où Jo allait fermer la porte d’entrée, elle entendit Amy lui crier d’une voix menaçante :

« Je vous forcerai bien à vous repentir de m’avoir empêchée d’y aller avec vous, vous verrez !

— Quelle bêtise ! » s’écria Jo en tapant la porte après elle.

Les Sept Châteaux du diable étaient une féerie aussi brillante et aussi merveilleuse qu’on pouvait le désirer. Meg et Jo s’amusèrent ; mais, malgré les diablotins, les lutins, les sylphes étincelants et les splendides princesses, le plaisir de Jo était mélangé de quelque amertume. Les boucles blondes de l’une des fées lui rappelaient Amy, et, dans les entr’actes, elle se demandait ce que sa sœur pourrait bien imaginer pour la faire s’en repentir.

Amy et Jo avaient des caractères vifs et emportés et se livraient souvent à des escarmouches assez violentes. Amy taquinait Jo et Jo irritait Amy ; il s’ensuivait quelquefois des explosions dont toutes deux étaient honteuses lorsque leur colère était passée. Jo, quoique la plus âgée, avait moins de contrôle sur elle-même que sa sœur et avait beaucoup de peine à dompter son ennemi intérieur ; mais sa colère ne durait jamais longtemps, et, après avoir humblement confessé ses fautes, elle se repentait sincèrement et essayait de mieux faire. Ses sœurs disaient souvent qu’elles aimaient bien voir Jo en colère, parce qu’elles savaient qu’après elle serait patiente comme un ange. La pauvre Jo faisait tous ses efforts pour vaincre son mauvais penchant à la violence ; mais il était clair qu’il lui faudrait encore bien des années d’efforts pour arriver à le soumettre.