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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/110

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ennemie, miss Snow, et firent prendre à miss Marsch les airs d’un studieux jeune paon. Mais, hélas ! hélas ! la roche Tarpéienne n’est jamais loin du Capitole, et « la petite Snow » parvint à changer du tout au tout la face des choses. Le visiteur était à peine sorti que, sous prétexte de faire une demande importante à M. Davis, elle eut la bassesse d’aller l’informer qu’Amy Marsch avait vingt-quatre sucres d’orge dans son pupitre.

Or M. Davis avait déclaré récemment que les sucres d’orge seraient désormais considérés par lui comme un article de contrebande, et que quiconque en ferait entrer dans la classe serait, puni du supplice de la férule.

C’était un moment malheureux pour dénoncer Amy, et la rancunière petite le savait bien. Le mot sucres d’orge fut pour M. Davis comme le feu à la poudre ; sa figure devint pourpre, et il tapa sur son pupitre d’une manière énergique, qui renvoya la dénonciatrice à sa place beaucoup plus lestement encore qu’elle ne l’avait quittée.

« Attention, s’il vous plaît, mesdemoiselles ! »

Aussitôt le bruit cessa, et plus de cent paires d’yeux bleus, gris, noirs ou bruns se fixèrent avec obéissance sur sa figure terrible.

« Miss Marsch, venez ici ! »

Amy se leva avec un calme apparent ; mais les sucres d’orge pesaient sur sa conscience, et une crainte secrète l’oppressait.

« Apportez avec vous les sucres d’orge que vous avez dans votre pupitre, » fut l’ordre inattendu qu’elle reçut avant même d’être sortie de sa place.

« Ne prenez pas tout », murmura sa voisine, jeune personne d’une grande présence d’esprit.