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Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/292

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Rose s’était bien gardée de révéler à personne le but réel de sa visite ; mais Charlie le devina, et il lui prouva sa reconnaissance en se faisant son compagnon assidu et en ayant pour elle mille prévenances. Malgré tout, Rose regretta vivement le manoir, l’oncle Alec et la vie plus calme et plus simple des grand’tantes, et, si elle n’eût pas pris tout à fait au sérieux sa tâche de petite sœur, elle ne serait pas restée là huit jours.

Cette petite Rose exerçait, sans s’en douter, sur son entourage masculin, une influence toujours croissante. Devant elle, l’argot trop habituel aux garçons était banni de la conversation des cousins ; pour lui plaire, ils devenaient moins brusques, plus polis, plus attentionnés ; ils étaient fiers de ses moindres éloges et s’appliquaient à les mériter toujours. Que de qualités en germe chez eux se développèrent, grâce à leur cousine ! Il faut avouer que leur contact n’était pas sans être de quelque utilité pour Rose ; elle tâchait de les imiter dans ce qu’ils avaient de bon ; elle mettait de côté les craintes puériles et les petites vanités de son sexe, et s’efforçait d’être franche, généreuse, équitable et courageuse comme eux, sans cesser pour cela d’être bonne et modeste. Chacun gagnait à cet échange.

À la fin du mois, Mac et Stève réclamèrent à leur tour leur cousine. Malgré l’air froid et sévère de tante Juliette, Rose y consentit avec la pensée qu’elle serait suffisamment récompensée de ce sacrifice, si tante Juliette lui disait au départ comme tante Clara :

« Je voudrais vous garder toujours, ma chérie ! »