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Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/251

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tante Juliette pouvait avoir empêché son fils de sortir. Quand elle se décida à retourner au manoir, elle était tellement mal à son aise que c’était à peine si elle pouvait lutter contre le vent. Le docteur Alec, revenant quelques minutes après, la trouva toute frissonnante dans le vestibule ; elle n’avait pas eu la force d’ôter son manteau et ses caoutchoucs, et elle frottait ses mains l’une contre l’autre sans parvenir à retenir ses larmes, tant était vive la douleur que lui causait la brusque transition du froid au chaud.

« Qu’avez-vous, ma chérie ? lui demanda son oncle en la prenant dans ses bras.

— Mac n’est pas venu. — J’ai si froid que je ne peux pas me réchauffer. — Oh ! que cela me fait mal ! »

Et la petite fille éclata en sanglots. Ses dents claquaient ; son nez était bleui par le froid, ses lèvres décolorées, et tout son être exprimait une souffrance intense.

En une seconde elle fut enveloppée d’un grand manteau fourré, et déposée devant le feu de la bibliothèque. Phœbé, appelée en toute hâte, lui frictionna énergiquement les pieds, tandis que le docteur faisait de même pour ses mains rouges, et que tante Prudence lui présentait un cordial brûlant. Bientôt elle déclara qu’elle allait infiniment mieux, et elle tomba dans un sommeil lourd qui dura plusieurs heures. L’oncle Alec, très inquiet, ne la quittait pas et lui tâtait le pouls à tout moment. Elle avait la fièvre ; ses joues devenaient rouges comme du feu, sa respiration haletante, et elle gémissait tout bas.