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Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/142

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séduite par la beauté de la nuit, elle se leva, passa une robe de chambre et sortit.

Un tronc d’arbre renversé lui servit de fauteuil. Il n’y avait pas un souffle d’air ; la lune ne donnait pas, mais des myriades d’étoiles répandaient une lueur argentée, et l’on n’entendait d’autre bruit que le bruit monotone des vagues se brisant sur les rochers.

Rose, perdue dans sa rêverie, oubliait que la fraîcheur du soir pouvait devenir malsaine. Heureusement l’oncle Alec l’aperçut en faisant sa ronde autour du camp.

« Que fait donc là ma petite Rose ? lui demanda-t-il en venant à elle et s’asseyant à ses côtés.

— Je pense à ce brave marin qui, dans un naufrage, se jeta à la mer pour laisser sa place à une pauvre mère et son enfant. Quel dévouement !… On admire et on aime ceux qui se sacrifient, n’est-ce pas, mon oncle ?

— Oui, mais aussi que de sacrifices ignorés qui n’en sont pas moins beaux pour cela, au contraire, tout en étant plus difficiles à accomplir, car la nature humaine est toujours un peu trop sensible aux éloges ! dit le docteur comme se parlant à lui-même.

— Je suis sûre que vous avez dû faire beaucoup de ceux-là, s’écria Rose. Voudriez-vous m’en citer un ?

— Mon dernier a été de me priver de fumer.

— À quoi bon ?

— C’était un mauvais exemple que je donnais à vos cousins.

— Je vous reconnais bien là ! Était-ce très difficile ?

— Oui, j’en suis un peu honteux, mais la vérité