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Page:Albanès,Les mystères du collège,1845.djvu/35

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MYSTÈRES DU COLLÈGE

du professeur ; là, il est roi… ou il croit l’être. Il examine, surveille, et à la moindre parole, au moindre mouvement, prononce ce fameux mot stéréotypé sur ses lèvres : SILENCE ! mot qui s’est incorporé à lui, mot avec lequel il s’est identifié.

Mais l’écolier en classe est un ressort que l’on essaie vainement de comprimer, de réduire ; il faut, à quelque prix que ce soit, que son espièglerie se fasse jour ; il faut, à quelque prix que ce soit, qu’il taquine, qu’il ruse.

L’écolier né malin, ne rêve… que malice.

Ainsi d’une part nous voyons la gravité, c’est le professeur dans sa chaire ; de l’autre l’homme-silence, c’est le pion, qui voudrait tenir captifs les langues, les coudes et les pieds d’une multitude de jeunes gens qui, en faisant une de ces plaisanteries qui deviennent traditionnelles dans le collège, en méditent une nouvelle qui reçoit son exécution avant que l’on ait prononcé le châtiment mérité par la première.

De cette sévérité d’un côté de la part d’hommes faits, et de cette gaieté souvent excentrique, et naturelle après tout, de la part de tous ces collégiens rassemblés, naît un contraste qui n’échappe pas à l’observateur, et d’où ressort, il faut le dire, ce comique qui provoque le rire de tout l’auditoire… c’est-à-dire de tous les collégiens… Le professeur et le pion ne rient pas en classe… à moins que ce ne soit de la bouche en cœur, c’est-à-dire en dedans ; et nous ne pensons pas qu’il se passe un jour, un seul jour, sans que cela leur arrive.