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Page:Albanès,Les mystères du collège,1845.djvu/160

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MYSTÈRES

à la faim, à la soif, à supporter le froid, le chaud, absolument comme ces vieux grognards de la république romaine, pour qui tout cela n’était que pur agrément. Aussi, qu’un pion soit en retard, le soir, seulement d’un quart d’heure, le concierge du collège s’en moquera comme de ça ! Bien loin de s’empresser de lui ouvrir la porte, il le laissera dehors pendant une demi-heure par le temps le plus abominable que l’on puisse voir, le parapluie sur la tête ; il l’entend bien frapper, mais il a dans son lit une excellente position, sa tête a fait son trou dans l’oreiller, et la persistance du retardataire fera seule tirer le cordon au tyran, au Tibère de la loge. Mais, bagatelle pour le pion ! Il se figure, le parapluie sur la tête et les pieds dans l’eau, qu’une goutte du sang de Sénèque est dans le sien, que quelque chose de l’âme de Caton anime la sienne, deux choses qui hurleraient d’effroi de se rencontrer.

Le pion grince des dents au moindre mot que l’on écrit sur lui, et il se venge sur l’auteur par des lettres anonymes, pour prouver qu’il est brave. Collégiens, admirez ! ! !

Il est encore une espèce de pion à part : c’est le pion chargé du gymnase. C’est un être nerveux, athlétique, ancien troupier ou, le plus souvent, ancien saltimbanque. Cet individu est le vrai représentant de la force matérielle, le sbire par excellence, l’exécuteur des hautes-œuvres ; c’est lui qui mène les délinquants en prison, les y écroue ; c’est le commissaire de police du collège ; il est chargé de rôder