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Page:Albanès,Les mystères du collège,1845.djvu/121

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DU COLLÉGE.

je me sens… je me sens comme anéanti… ma vue se… trouble. » Le proviseur envoie en toute hâte chercher le docteur. Celui-ci, dont le zèle tient essentiellement à justifier son indispensable utilité, accourt sur-le-champ. « Voyons, mon petit homme, qu’avez-vous ? que ressentez-vous ? Tirez la langue… La langue est chargée, les yeux sont caves, le pouls est faible, très-faible… » Puis se tournant vers le proviseur : « Je crains une maladie de langueur… Mon ami, il faut aller à l’infirmerie, et tout de suite. » Un domestique lui donne le bras, il monte péniblement l’escalier, il est remis entre les mains d’une bonne sœur… et voilà encore un heureux de plus.

Ceci est un petit échantillon des innocentes ruses qu’emploie le collégien pour se faire mettre à l’infirmerie. Aussi, elle est quelquefois très-bien garnie, et sauf le cas où un camarade n’est pas malade pour rire, on ne s’y ennuie pas le moins du monde.

Les collégiens causent entre eux ; ils se font la lecture… En voici un qui vient de se lever ; il tient un volume de Molière… Il entr’ouvre les rideaux du lit de son voisin, s’assied auprès de lui et lui dit : « Firmin, écoute donc un peu ça — Qu’est-ce que tu lis donc là, que tu ris si bien ? — Le Médecin malgré lui… Oh ! c’est fameux, va ! Écoute… c’est Sganarelle qui parle :

« … Chacun est endiablé à me croire habile homme. On me vient chercher de tous côtés ; et, si les choses vont tou-