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Page:Albanès,Les mystères du collège,1845.djvu/115

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DU COLLÈGE.

bouffonnes. Mais au collége, où la surveillance est de tous les instants, il n’est pas toujours possible de réaliser tout ce que l’on a conçu. Cependant le jeune Raphaël, très-gai et très-spirituel, ne veut pas que le carnaval se passe sans le signaler par quelque chose de saillant.

Il s’était procuré un certain nombre de bouchons d’un liége très-fin, et pour que personne ne se doutât de rien il ne les cacha même pas. En effet, comment supposer que ces bouchons pourraient amener une révolution comique dans le collége ? impossible ! Des bouchons de liège sont trop innocents par eux-mêmes pour cela ; mais peut-être n’en est-il pas ainsi de celui qui va les faire manœuvrer.

Raphaël, joyeux comme tout jeune homme qui médite une espièglerie, fait semblant de dormir pendant que ses camarades ronflent comme des bienheureux. Couché à une petite distance du pion, il peut s’assurer que cet incommode surveillant ne dort pas moins profondément que ses camarades. Il se lève sans bruit aucun et se rend auprès d’une des pâles lumières qui éclairent le dortoir. Là, il prend ses bouchons les uns après les autres, et les brûle par un bout. Cette préparation faite, en quelques minutes Raphaël a parcouru les deux rangées de lits, et chaque collégien a une superbe paire de moustaches. Sa main a été si légère qu’un seul s’est réveillé, mais deux mots le mirent au courant et il se tut.

Reste le pion maintenant qui n’a pas de moustaches. « C’est vraiment dommage, se dit Raphaël, ça lui irait si bien !…