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albert d’aix.

inhumainement massacré les Juifs, peuple exilé et ennemi du Christ, beaucoup plus par avidité de leur argent que comme instrumens de la justice de Dieu, car le Seigneur est un juge équitable, et n’ordonne point de faire entrer qui que ce soit, malgré lui et par force, sous le joug de la foi catholique.

On vit encore un autre crime détestable au milieu de cette immense réunion de gens insensés et d’une folle légèreté, crime odieux sans aucun doute au Seigneur, et que les fidèles n’oseront même croire. Ces hommes avaient une oie et une chèvre qu’ils disaient également animées d’un souffle divin, et ils avaient pris ces animaux pour guides de leur voyage à Jérusalem ; ils allaient jusqu'à leur porter respect ; et, semblables eux-mêmes à des bêtes, ils adoptaient ces erreurs avec pleine tranquillité d’esprit. Que les cœurs fidèles se gardent de croire que le Seigneur Jésus veuille que le sépulcre où reposa son corps très-saint soit visité par des bêtes brutes et dépourvues de sens, et que ces bêtes servent de guides aux ames chrétiennes, que lui-même a daigné racheter au prix de son sang pour les arracher aux souillures des idoles, car en montant aux cieux lui-même a institué pour guides et pour directeurs de son peuple les très-saints évêques et abbés qui sont dignes de Dieu, et non des animaux brutes et privés de raison ! Mais est-il étonnant que, dans les temps modernes, des abominations de ce genre et des crimes si honteux se trouvent encore au milieu de tant de milliers d’hommes, dans quelques sociétés sur lesquelles le Seigneur en a fait retomber la punition, lorsqu'aux