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Page:Aimard - Rayon de soleil, 1866.djvu/93

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inanimée ; — partout l’immobilité profonde, le silence glacial qui règne sur les solitudes. L’œil n’apercevait rien, si ce n’est les longs reflets de l’eau brillante ; les arbres, les joncs, les roseaux gigantesques formant un fouillis étrange ; les touffes flottantes de grands gazons qui allaient lentement à la dérive, au gré d’un vent que l’oreille ne pouvait entendre.

Parfois une traînée étincelante sillonnait les mousses verdâtres et faisait rider la face argentée de l’eau profonde ; c’était le colossal serpent aquatique s’enfonçant dans son élément. Plus loin quelque grand oiseau apparaissait grave et lourd, se frayant un passage au travers des longues herbes ; et plongeait comme une flèche, au moindre murmure.

C’était une route demi-aérienne qu’il fallait suivre, pour traverser cette plaine où l’eau et la terre se disputaient l’espace. L’agile indien bondissait légèrement d’une motte de terre à l’autre ; tantôt s’appuyant sur un tronc d’arbre renversé, tantôt sur un long roseau. Souvent son pied rencontrait des bois flottants et ramollis par l’eau sur lesquels il fallait glisser sous peine d’enfoncer. Jamais il n’hésitait un instant, jamais il ne ralentissait son