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Page:Aimard - Rayon de soleil, 1866.djvu/52

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les drames du nouveau-monde

Le lieutenant Canfield lui apparut à l’âge où toute jeune fille a le cœur ouvert, comme une fleur épanouie, à la tendresse, aux rêves d’amour, aux douces illusions. Les nobles qualités du jeune officier, sa franchise innocente, ses allures chevaleresques firent une profonde impression sur elle ; elle l’aima comme elle en était aimée, sous les yeux souriants de son père heureux de leur mutuelle affection.

Alors ces deux jeunes cœurs passèrent de beaux jours à parler ensemble ce langage muet et charmant qui dit tant de choses au moyen du silence. Petits signes surpris, regards saisis au vol, rougeurs fugitives, soupirs insaisissables, rêveries furtives, tristesses heureuses, furent échangés avec cette adorable monotonie, cette ineffable bêtise qui est l’apanage des premières et fraîches amours.

Le père, la mère, la sœur savaient par cœur ce grand mystère qu’ils ignoraient eux-mêmes, les deux innocents ! et chacun s’épanouissait à rire du sérieux craintif avec lequel ils cachaient leur transparent secret.

Ils eurent alors quelques-unes de ces journées dont on se souvient comme d’un rêve et qui sont