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Page:Aimard - Rayon de soleil, 1866.djvu/200

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les drames du nouveau-monde



galant homme rouge qui ait touché la détente d’une carabine, avec lui une édition-pocket de lui-même ; et ce butor de Caton aussi ! — Dans les bras de votre père, fillette ! venez l’étouffer un peu !

Le brave capitaine affectait de plaisanter pour dissimuler son émotion ; mais, au fond de son sourire, il y avait des larmes qu’il se hâta de cacher dans la noire chevelure de sa fille.

La pauvre enfant fondit en pleurs dans les bras de son père, sans pouvoir murmurer d’autres paroles qu’un fervent remerciement au ciel.

Les soldats restés en arrière, — tous, de rudes militaires bronzés par vingt batailles et par le vent du désert, — s’enfonçaient les poings dans les yeux pour y retenir une larme inaccoutumée.

— Ma mère et ma sœur vont bien ? demanda miss Mary en relevant la tête pour dévorer son père du regard.

— Oui, mais elles sont cruellement inquiètes de toi.

— C’est tout détruit chez nous, pour toujours.

— Qu’importe, mignonne ? tu es retrouvée ! le reste n’est rien.

— Mais, nos infortunés serviteurs ! tous massacrés, excepté ce pauvre Caton !