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aussi complète que possible de tant de nauséabonds repas.

Le déjeuner fut très-gai.

Les deux principaux convives, libres de tous soucis, avaient déjà, avec cette insouciance, privilège précieux de la jeunesse qui voit tout en beau, oublié les ennuis et les déboires de leurs huit mois de servitude, pour ne plus songer qu’à l’avenir radieux qui s’ouvrait de nouveau devant eux.

Lorsque le café et les liqueurs eurent été placés sur la table, Ivon Lebris, les joues un peu enluminées et les yeux brillants, raconta, sur la demande de son matelot, et cela avec une verve et un laisser-aller qui, plus d’une fois, amenèrent le sourire sur les lèvres de ses bienveillants auditeurs, ce qui s’était passé entre lui et l’amiral ; et comment il avait été surpris et charmé, quand il s’attendait non-seulement à des reproches, mais encore à une punition rigoureuse, lorsque l’amiral lui avait mis son congé dans la main, en lui disant avec cette bonhomie paternelle qui le faisait adorer des matelots et des officiers de toute l’escadre :

— Vous êtes un brave et digne garçon, Lebris ; je ne veux pas être cause de votre perte. Tous deux nous sommes Bretons, nous devons nous entr’aider. Voici votre congé définitif. Mon devoir exigerait peut-être que je vous embarquasse sur un navire en partance pour la France ; il y en a deux en ce moment sur rade ; mais cela ne ferait pas votre affaire, et ne retarderait que de quelques jours, probablement, votre réunion avec votre ami. Je ne veux pas vous causer ce déboire. Vous