Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/83

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


en apparence du moins, il restait aussi calme que si rien ne s’était passé ; mais son sourire était terrible et un fauve éclair s’était allumé au fond de sa prunelle.

— Allons, reprit l’amiral, qui l’examinait curieusement, vous êtes un homme ! On ne m’avait pas trompé, un homme bâti à chaux et à sable, sur ma foi ! Je regrette de vous avoir connu aussi tard ; les gaillards de votre trempe sont rares ; ne craignez rien de moi, je n’ai ni le désir ni le pouvoir de vous nuire.

— Je ne crains rien, amiral, répondit le jeune homme en s’inclinant ; vous êtes gentilhomme et de trop noble race pour vous abaisser à faire certaines choses qui toujours répugnent à un homme de cœur.

— Vous me jugez bien, monsieur ; je vous en remercie. Quand je suis descendu à terre, ce matin, j’ai trouvé à la chancellerie plusieurs pièces vous intéressant : votre congé, entre autres, signé par S. E. le ministre de la marine ; lorsque je suis rentré à bord, je vous ai fait appeler ; c’est alors que j’ai appris votre audacieuse désertion. Je ne sais comment vous avez réussi à vous échapper, je ne veux pas le savoir ; vous vous êtes fait libre, libre vous resterez ; seulement quelques conditions incompréhensibles pour moi sont mises à ce congé.

— Ces conditions, je les connais, monsieur l’amiral je vous donne ma parole d’honneur que, sauf le cas de force majeure, c’est-à-dire contre ma volonté, d’ici à dix ans je ne reparaîtrai pas en Europe, et surtout je ne mettrai pas le pied en France ou en Espagne. N’est-ce pas cela que l’on exige de moi, monsieur l’amiral ?