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de toutes sortes ; les caliers eux-mêmes étaient sortis de leurs ténébreux repaires et s’étaient hasardés sur le pont pour humer à pleins poumons l’air embaumé de la terre.

À bord du vaisseau le Formidable, deux hommes, deux matelots, n’avaient pas suivi l’exemple de leurs camarades ; au lieu de monter comme eux sur le pont, pour satisfaire leur curiosité après une longue croisière, ils étaient demeurés dans la batterie basse du vaisseau ; et là, abrités, ou plutôt cachés dans un poste à canon, ils causaient à voix basse avec une certaine animation.

Ces deux hommes étaient jeunes ; le premier portait les galons de quartier-maître de manœuvre ; il était le plus âgé des deux et paraissait avoir vingt-quatre ou vingt-cinq ans.

C’était un grand gaillard, bien découplé, d’apparence à la fois leste et vigoureuse ; sa physionomie franche et enjouée, fort sympathique, respirait l’insouciance un peu railleuse de l’homme rompu à toutes les misères de la vie précaire des marins ; il avait de grands yeux bleus, pétillants d’intelligence et d’audace, le nez un peu gros, la bouche souriante, largement fendue, garnie de dents magnifiques, les pommettes saillantes, le menton carré, les cheveux et la barbe d’un blond fauve : c’était un Breton bretonnant de la plus pure race gaélique ; il se nommait Ivon Lebris.

Son compagnon n’avait que vingt-deux à vingt-trois ans au plus ; il était de taille moyenne, trapu et taillé en athlète ; ses traits réguliers étaient fort beaux ; il avait le front haut et large, les yeux noirs, grands, bien ouverts, à la pupille dilatée, couronnés d’épais sourcils ; son regard rêveur