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— Oui, c’est vrai, je m’en souviens, dit la jeune fille.

– Brisé par les émotions de la journée, à moitié étouffé de chaleur, reprit don Diego, j’avais quitté ma cabine, et j’étais monté sur le pont ; peu à peu je me calmai, sous l’influence bienfaisante de la fraîcheur de la brise du large ; alors, me sentant envie de dormir, et me souciant peu de redescendre dans ma cabine changée en étuve, je fis ce que souvent j’avais fait en pareille circonstance pendant mes longs voyages : apercevant un canot suspendu à l’arrière, près de moi, je résolus d’en faire mon lit ; j’entrai dedans et je m’étendis au fond. Mais à peine avais-je fermé les yeux, en essayant de m’endormir, que vos deux voix frappèrent tout à coup mon oreille ; vous aviez précisément choisi cette place, comme étant la plus solitaire, pour venir y faire toutes vos confidences, mes chers enfants ; ma foi ! quelques mots que j’entendis me firent dresser l’oreille ; la tentation était trop forte : j’écoutai, et, je vous l’avoue, j’ai entendu tout ce que vous vous êtes dit, depuis le premier mot jusqu’au dernier.

— Comment ? depuis plus de deux ans vous êtes maître de notre secret, et vous ne m’avez rien dit, père déloyal ? fit la jeune fille avec une moue mutine c’est mal, cela, mon bon père.

— Ne me gronde pas, chère enfant j’ai agi comme je le devais ; n’était-il pas convenu entre vous deux que Carlos ne me demanderait ta main qu’à son retour ?

– C’est vrai, mon père.

– Eh bien ! ne devais-je pas attendre ?

– Vous avez raison, pardonnez-moi, mon père.