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— Ce n’est pas la peine, j’en aurais trop à dire.

— Ainsi, je ne puis rien faire pour vous ?

— Rien. Mais se ravisant presque aussitôt : Si, cependant, dit-il il est une chose, une seule que je désire ardemment.

– Laquelle ? Parlez.

– Il y a un mois que je n’ai fumé ; je voudrais fumer une dernière cigarette avant de mourir.

— Promettez-vous, si je vous accorde cette grâce, de ne pas essayer une lutte impossible et de vous laisser exécuter sans résistance ?

— Je le jure, sur ma foi de caballero s’écria-t-il avec une énergique emphase.

Le délégué fit un geste.

Les bras du condamné furent déliés, en même temps on le conduisit près de la lisse de tribord et on lui jeta un nœud coulant autour du cou.

Le prisonnier s’était laissé faire, sans la moindre trace d’émotion ; il avait même examiné avec une espèce de curiosité un palan qui avait été frappé sur la vergue de misaine à tribord, et sur le garant duquel l’escouade de trente matelots, dont nous avons parlé plus haut, était rangée.

Cet examen terminé, le prisonnier accepta le papier qu’on lui présentait ; il tordit une cigarette, l’alluma à la mèche qu’on lui apporta et presque aussitôt, à la première bouffée de tabac qu’il aspira, son visage prit une indicible expression de joie.

— Fumez tranquillement, lui dit le délégué avec bonté ; vous-même donnerez le signal.

— Merci ! dit-il avec émotion.

Et une larme, la première peut-être que cet