Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/346

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que je n’aie pas eu dix minutes de plus à moi !

— Vous avez entendu, caballeros, dit le délégué en s’adressant aux officiers dont il était entouré. Ratifiez-vous la sentence de mort prononcée contre cet homme ? Nos tribunaux ne fonctionnent pas encore, les lois nouvelles ne sont pas en vigueur ; le président de la république, après s’être concerté avec le ministre de la justice, a cru devoir en appeler à votre impartialité, pour que justice soit faite.

Le commandant de la frégate anglaise fit un ou deux pas en avant, et, avançant le bras, il dit d’une voix forte :

— Cet homme est un misérable assassin, une brute immonde, il mérite la mort sur mon honneur et ma conscience, il doit être exécuté !

— Oui, la mort dirent après lui, d’une seule voix, tous les assistants.

Le prisonnier était resté impassible, complétement indifférent, en apparence, comme s’il eût été étranger à ce qui se passait autour de lui.

— Vous avez entendu ? lui demanda le délégué.

– Parfaitement, señor, répondit-il d’une voix ferme : à ce qu’il paraît, je suis condamné. Hum ! que voulez-vous, c’est la suite de ma mauvaise chance !

— Vous savez que les jugements des conseils de guerre sont immédiatement exécutés ?

– Je l’ignorais. Ainsi ?…

– Vous allez mourir !

– Soit ; puisqu’il n’y a pas moyen de l’éviter, le plus tôt sera le mieux.

— Désirez-vous un prêtre, pour vous réconcilier avec Dieu en confessant vos crimes ?