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préparait ; il eut l’audace de se mêler à la foule et de pénétrer dans la chacra ; nul ne fit ou ne sembla faire attention à lui.

Les deux cercueils étaient là, couverts de draps noirs et entourés de cierges ; des prêtres récitaient des prières. Si don Estremo avait conservé des doutes sur ce qu’il nommait son expédition, cette vue les aurait tous levés.

Le soir, il se prépara à retourner à Talca. En s’habillant, il s’aperçut qu’un portefeuille, que toujours il portait sur lui pour plus de sûreté, avait disparu. Cette découverte l’inquiéta beaucoup. Il voulut chercher dans les vêtements qu’il portait la nuit du double assassinat, et qui avaient été mis en lambeaux pendant sa lutte contre Fernan Nuñez ; mais il se souvint que, le lendemain du crime, il avait fait un paquet de ces loques, et, après les avoir bourrées de pierres, il les avait jetées au fond d’un pozo — puits — desséché.

— Je n’ai pas songé à ce portefeuille, murmura-t-il, je l’ai jeté avec le reste ; le diable soit de ma sottise !

Cette réflexion le rassura, bien que la perte de son portefeuille le chagrinât fort : il renfermait plusieurs pièces précieuses, et surtout très-compromettantes pour lui, si elles étaient tombées entre les mains d’un ennemi.

Don Estremo était prudent comme un Indien, c’est tout dire. Au milieu de la nuit, il s’introduisit dans la chacra, où pendant plusieurs heures il se livra à de minutieuses recherches dans la huerta, refaisant vingt fois le trajet qu’il avait parcouru pendant la nuit du crime, et inspectant chaque touffe de gazon : il ne découvrit rien ; il