Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/318

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


défaut des deux races dont il était issu : il était fourbe, lâchement cruel, froid, tenace et avare.

Le vol dont il s’était rendu coupable au préjudice de don Diego, son co-propriétaire, avait été longtemps prémédité à l’avance, toutes ses précautions prises pour réussir ; malheureusement, le retour imprévu de don Diego à Lima lui avait fait voir l’inanité de ses plans si lentement mûris et élaborés. Il ne se faisait aucune illusion ; comme tous les joueurs émérites, il calculait froidement ses bonnes ou mauvaises chances ; de même que don Diego, il sentait chanceler la puissance espagnole en Amérique ; il prévoyait son effondrement prochain ; il sentait que l’indépendance du Pérou amènerait le triomphe de don Diego et la ruine de ses combinaisons à lui ; aussi essaya-t-il, par tous les moyens, de se débarrasser de son ennemi en le faisant arrêter ; il faillit réussir ; la fuite de don Diego le déconcerta, sans pourtant le décourager ; le temps pressait ; il résolut d’en finir avec lui, même par un meurtre ; il se mit à sa poursuite.

À Valparaiso, il apprit le départ de don Diego pour Santiago ; don Estremo se lança sur sa piste.

Arrivé au Chili, don Diego n’avait aucune raison sérieuse pour se cacher ; cependant il crut prudent d’user de certaines précautions de stricte prévoyance ; de là les difficultés éprouvées par don Estremo pour le découvrir.

Le jour même où Olivier arrivait à Talca, don Estremo apprenait par hasard que don Diego, sa femme et sa fille, s’étaient établis à la chacra de Santa-Rosa, éloignée seulement de deux ou trois lieues de la ville.