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Les chevaux furent confiés à des peones, et les trois voyageurs se dirigèrent vers le môle, où les attendait une baleinière du Hasard.

Le capitaine fit asseoir ses hôtes à sa droite et à sa gauche, dans la chambre d’arrière.

— Pousse ! dit-il en espagnol.

Le brigadier, armé de sa gaffe, fit éviter la pirogue. Les avirons, jusque-là tenus mâtés par les rameurs, tombèrent tous ensemble à la mer.

— Avant partout ! ordonna le capitaine.

Les matelots se couchèrent sur les avirons ; la baleinière sembla voler sur le dos des lames ; en moins de cinq minutes, elle atteignit le brick-goëlette, mouillé un peu au large.

Le capitaine et ses hôtes furent reçus à bord avec les honneurs militaires.

Le corsaire avait fait sa grande toilette.

Le navire était d’une propreté hollandaise ; les cuivres reluisaient comme de l’or, on se serait miré dans les canons, tant ils brillaient ; le pont était d’une blancheur laiteuse, l’équipage et l’état-major avaient revêtu l’uniforme colombien.

Maître Caïman, étincelant comme un soleil, se prélassait, une longue chaine d’or passée au cou et soutenant un sifflet de même métal curieusement ciselé.

Les matelots se tenaient respectueusement à l’avant.

Une tente, tendue du beaupré à l’arrière, interceptait les rayons trop ardents du soleil.

Le capitaine laissa un instant ses hôtes aux soins d’Ivon et entra dans sa cabine ; au bout de quelques minutes il en ressortit ; il avait quitté le costume chilien et endossé son uniforme.