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violence est nécessairement bannie. Par la force même des choses, un gouvernement nouveau, et dont le mécanisme est encore inconnu dans un pays longtemps esclave, et que la liberté nouvellement conquise rend plus difficile à discipliner, ne s’établit pas sans de profondes secousses et de grands embarras ; surtout quand ce pays est appelé à se gouverner par lui-même pour la première fois.

Les hommes politiques ne s’improvisent point, pas plus que les grands généraux et les grands économistes ; le temps seul et l’expérience les forment et les rendent aptes à remplir convenablement la tâche ardue et si difficile de la régénération d’un peuple maintenu systématiquement, pendant trois siècles, dans l’ignorance la plus honteuse et l’abrutissement le plus complet ; car tel avait été depuis la conquête le plan adopté par les Espagnols pour assurer l’asservissement de leurs colonies.

Il ne manquait pas d’individus, aventuriers pour la plupart, appartenant à toutes les nations, qui, accourus dans le principe au Chili dans le louable but de soutenir la cause des insurgés américains, maintenant que la victoire était assurée, essayaient de se tailler en plein drap des positions plus ou moins brillantes, peu ou prou méritées, et péchaient le plus qu’ils pouvaient dans l’eau trouble encore de la révolution. Pour ces vainqueurs anonymes, l’heure de la curée avait sonné ; ils s’en donnaient à cœur joie.

Dans les campagnes, c’était autre chose : les routes étaient encombrées de traînards de tous les partis, réconciliés par l’avarice et associés par