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contre-coup, tressaillirent de joie à cette ère nouvelle qui se levait pour elles, la saluèrent avec enthousiasme, et jurèrent, elles aussi, d’être libres ou de mourir.

Un immense cri de liberté fut poussé vers le ciel par toutes ces populations esclaves depuis trois siècles : du cap Horn aux frontières des nouveaux États-Unis, la révolte fut décrétée et la guerre de l’indépendance commença.

Cette guerre, sublime de dévouement, d’abnégation et de patriotisme de la part des créoles, fut atroce, dénaturée, et conduite avec des raffinements de barbarie horribles du côté des Espagnols.

Chose étrange, mystère insondable ! ce furent des prêtres qui, les premiers, poussèrent le cri de liberté ! ils se firent soldats, et, le crucifix d’une main, l’épée de l’autre, se lancèrent bravement dans la mêlée et versèrent tout leur sang pour détruire l’œuvre accomplie, à l’heure de la conquête espagnole, par ces prêtres fanatiques qui guidaient les aventuriers castillans aux massacres effroyables des populations indiennes.

Et pourtant les prêtres oppresseurs, comme les prêtres libérateurs, parlaient au nom de Jésus, dont ils brandissaient le crucifix, et combattaient au nom de l’Évangile, dont ils citaient à chaque instant les textes ; seulement, les premiers torturaient et tronquaient ces textes au profit de l’absolutisme, tandis que les seconds les citaient sans commentaires et tels qu’ils étaient sortis de la bouche divine du rédempteur du monde ; les premiers prêchaient l’esclavage, le meurtre, l’abrutissement, la spoliation ; les seconds proclamaient