Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/271

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


blanche apparition, car une main mignonne se posa légèrement sur l’épaule du jeune homme, en même temps qu’une douce voix murmurait à son oreille, avec une fine pointe de raillerie :

— Est-ce que vous dormez, don Carlos ?

Le jeune homme tressaillit comme s’il avait reçu un choc électrique, et, se redressant subitement :

— Vous, Dolorès, vous ici à cette heure ? s’écria-t-il avec surprise.

— Oui, répondit-elle en souriant, moi ici, et à cette heure ! que trouvez-vous donc de surprenant à cela, mon grand ami ?

— Qui a pu vous faire sortir ainsi de votre chambre, niña ? Seriez-vous indisposée ?

— En effet, je souffre, répondit-elle ; mais rassurez-vous, cette souffrance est toute morale, et peut-être ne suis-je pas seule à souffrir, ajouta-t-elle en fixant sur le jeune homme un regard si acéré, qu’il se sentit brûlé au cœur…

— Mais pourquoi êtes-vous venue ainsi ?…

— Seule, me promener sur le pont de ce navire, interrompit-elle avec amertume, parce que la fièvre me dévore, que je ne pouvais plus tenir dans cette chambre étroite et si hermétiquement close, que j’éprouvais le besoin de respirer l’air frais de la nuit, et que je savais vous trouver ici.

— Vous saviez me trouver ici ? s’écria-t-il ; comment pouviez-vous savoir une chose qu’il y a une demi-heure à peine j’ignorais moi-même ?

La jeune fille eut un sourire angélique.

— Je savais vous rencontrer ici, reprit-elle avec mélancolie ; oui, don Carlos, parce qu’il existe entre vous et moi une affinité étrange, un lien