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— Holà ! y a-t-il quelqu’un en bas ? Nous sommes en force ; répondez, ou nous faisons feu !

Des cris confus, ressemblant à des lamentations et à des prières, s’élevèrent alors des profondeurs du navire.

— Ah ! dit le lieutenant en se grattant la tête, qu’avons-nous donc là ? il faut voir !

Et, après avoir donné la route au timonier, et laissé sept ou huit hommes sur le pont, afin de veiller à la manœuvre en cas de besoin, le lieutenant se mit résolûment à la tête des autres et descendit dans l’entrepont.

Là un spectacle étrange et véritablement navrant s’offrit à ses regards : à tribord et à bâbord, étendus sur le plancher, les uns auprès des autres, se trouvaient une centaine d’hommes, étroitement garrottés et bâillonnés ; sur l’avant et sur l’arrière, plusieurs femmes et enfants étaient étendus dans des conditions aussi barbares ; seuls quelques enfants, de sept à huit ans, n’avaient pas été bâillonnés, bien qu’ils fussent aussi cruellement garrottés : peut-être leurs bourreaux, pressés de s’échapper, n’avaient-ils pas eu le temps de leur appliquer les bâillons ; tous les prisonniers, sans exception, avaient en sus les fers aux pieds.

C’étaient les enfants qui avaient crié et appelé au secours !

Le lieutenant se hâta de rendre la liberté à ces malheureux ; la plupart, surtout les femmes, avaient perdu connaissance faute d’air ; deux femmes et un homme étaient presque étouffés ; on eut beaucoup de peine à les rappeler à la vie.

Les liens avaient été si cruellement serrés, qu’il s’écoula un laps de temps considérable avant que