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l’équipage de la nouvelle prise, en attendant que le capitaine pirate eût décidé de leur sort.

D’après les aveux du capitaine de prise capturé par le corsaire pendant qu’il essayait de fuir dans un canot, il ne fallait pas attribuer à un sentiment quelconque d’humanité l’apparente clémence du capitaine pirate envers ses prisonniers. Ce pirate n’était pas seulement un scélérat complet, c’était encore et surtout un homme pratique.

Voici comment il procédait :

Lorsque ses déprédations lui avaient produit un nombre assez considérable de prisonniers, et que ces prisonniers commençaient à le gêner, il les réunissait tous sur un même navire et après les avoir solidement garrottés, afin d’éviter toute velléité de révolte, il mettait le cap sur la côte d’Afrique, et, arrivé à Fez ou dans tout autre port barbaresque, il vendait lesdits prisonniers comme esclaves aux Arabes, ce qui lui rapportait un bien autre bénéfice que de les tuer ; puis il recommençait une nouvelle croisière.

Le pirate avait donc fait transporter ses prisonniers sur le trois-mâts, tout simplement parce que le soir même il comptait partir avec eux pour l’Afrique, où il espérait les vendre.

Ce projet était d’autant plus odieux, que parmi ces malheureux se trouvaient des femmes et des enfants, passagers sur les bâtiments capturés.

Ces renseignements obtenus, le capitaine Olivier mit aussitôt le cap sur la Yung-Frau, tel était le nom du trois-mâts.

Les matelots du Hasard étaient radieux : l’enlèvement mains sur mains du pirate, comme ils disaient, était pour eux une excellente aubaine ;