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a toujours existé, c’est que toujours elle a été reconnue nécessaire dans certains pays ; qu’on la remplace par autre chose de plus humain, j’y applaudirai des deux mains.

En attendant, mettant de côté toute exagération, laissez-moi vous expliquer quel est ce trafic, dans quelles conditions il se pratique et la part de blâme qui appartient aux négriers.

L’esclave en Afrique est la monnaie courante, on n’en connaît pas d’autre ; les rois vendent leurs sujets, et eux-mêmes les conduisent à la côte ; esclaves-nés des despotes qui les gouvernent, les pauvres diables passent sur les plantations américaines une existence mille fois préférable à celle qu’ils ont dans leur pays : eux-mêmes en conviennent, et le code noir est là pour le prouver. Les capitaines négriers, bien loin de maltraiter leur cargaison humaine, la traitent au contraire avec une grande douceur et la soignent avec la plus minutieuse attention ; non pas peut-être par philanthropie, mais par une raison beaucoup plus sérieuse à leur point de vue, leur intérêt, afin de conserver les esclaves bien portants et d’en tirer un bon prix sur les marchés américains.

Quel marchand serait assez stupide pour détériorer sa marchandise ? ceci n’est pas sérieux et ne saurait être discuté.

Souvent, au Rio-Pongo, nos baracouns regorgeaient d’esclaves riant et chantant du matin au soir, et n’ayant qu’un désir, s’embarquer au plus vite, tant ils craignaient de retomber entre les mains de leurs premiers maîtres.

Le capitaine Galhaubans possédait une riche factorerie au Rio-Pongo ; les rois du pays avaient