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Or, depuis deux ans, un de ces misérables squatters, homme féroce et d’une moralité plus que suspecte, s’était établi de vive force, et sans aucuns droits, sur le territoire de chasse d’une puissante tribu de la grande nation desKenn’as, ou Indiens du sang, et prétendait s’y maintenir malgré tous.

Les Kenn’as avaient le droit et la justice pour eux ; ils protestèrent et portèrent leurs plaintes jusqu’à Washington ; le gouvernement reconnut leur droit incontestable et fit tout ce qu’il put pour que justice leur fût rendue ; en un mot, il leur donna complétement raison. Mais ce fut en vain que le gouvernement s’interposa, il ne disposait pas de forces suffisantes pour se faire obéir. Le squatter refusa brutalement de traiter avec les Indiens, et, certain de n’avoir rien à redouter de l’autorité légale de la République, il jura que personne ne parviendrait à le déposséder des terres sur lesquelles il s’était établi de son autorité privée.

Les Kenn’as feignirent de se soumettre, mais ils se résolurent à agir de ruse, puisqu’il ne leur restait pas d’autre moyen d’obtenir justice ; ils s’allièrent à d’autres tribus, et bientôt ils disposèrent de forces considérables, résolues et bien armées.

Notre tribu faisait partie de cette confédération nouvelle, formée dans l’intérêt commun, dans le but de faire respecter des droits imprescriptibles. Au jour dit, les guerriers rejoignirent le rendez-vous commun ; je faisais naturellement partie de ces guerriers.

Quelques mois s’étaient écoulés depuis les dernières discussions des Kenn’as avec les squatters ;