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pillé de fond en comble et en avaient massacré les habitants, sans distinction d’âge ni de sexe ; personne n’avait échappé.

Le lendemain de cette horrible boucherie, la Polly était apparue ; les Comanches, tout naturellement, l’avaient prise pour un bâtiment espagnol ; leur fureur, à peine assoupie, s’était réveillée plus terrible ; de là le piège qui nous avait été tendu, et le guet-apens dans lequel nous avions failli périr.

Les naturels de l’Amérique du Sud, les Peaux-Rouges, ainsi qu’on les nomme, nous parlons ici des grandes nations, ne sont pas des sauvages, ainsi qu’on le prétend généralement.

Ce sont des hommes d’une race différente de la nôtre, aigris par les mauvais traitements qu’on leur a fait subir, les vols et les trahisons dont on les a rendus victimes pendant des siècles : spoliés indignement, traités comme des bêtes sauvages, privés de tout ce qui pouvait leur rendre la vie supportable condamnés par le væ victis et la loi du plus fort, ils sont devenus les ennemis implacables des blancs, cause de tous leurs malheurs.

Ils ont tout abandonné pour rester libres ; conservant précieusement leurs langues, leurs traditions, leurs usages, leurs mœurs et leurs costumes, et rejetant avec mépris cette civilisation et cette religion des blancs, au nom desquelles ceux-ci, depuis la découverte de l’Amérique, les dépouillent et les traquent comme des fauves. Il est absurde de traiter les Peaux-Rouges de bêtes farouches et de sauvages : ils possèdent des vertus que nous n’avons pas et ils ont une civilisation qui ne ressemble pas à la nôtre, il est vrai, mais