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gauche pendait un fouet à manche très-court, dont la longue lanière était en peau d’hippopotame tressée très-serrée ; de la main droite il tenait un fusil de fabrique anglaise, de très-bonne qualité.

Ce sachem, dont je vous ai peut-être décrit un peu trop minutieusement le costume, avait, ainsi vêtu, quelque chose d’imposant et de redoutable qui inspirait le respect.

Il m’adressa la parole en excellent espagnol, et me demanda qui j’étais et de quel droit j’avais osé me hasarder à débarquer en armes sur son territoire.

— Les Visages-Pâles, ajouta-t-il en terminant, n’ont-ils pas assez volé de terre aux Peaux-Rouges ? Prétendent-ils donc porter encore une fois la guerre sur leurs territoires de chasse ?

Je lui répondis, en toute franchise, que le capitaine du bâtiment de l’équipage duquel je faisais partie n’était nullement l’ennemi des Peaux-Rouges ; qu’à plusieurs reprises, il était venu dans cette baie traiter avec ses habitants ; que, cette fois, son intention était de remplir d’eau douce, dont il avait grand besoin, plusieurs barils, dont quelques-uns se trouvaient même dans l’embarcation sur laquelle ses guerriers avaient fait feu.

— Les Visages-Pâles ont la langue fourchue, répondit le chef avec dédain ; le Nuage-Bleu est un chef renommé dans sa nation ; il connaît depuis longtemps les Espagnols ; il sait le cas qu’il doit faire de leurs protestations menteuses. Mon fils et son compagnon seront, au coucher du soleil, attachés au poteau de torture.

— Mais nous ne sommes pas Espagnols m’é-