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de marins, se tenaient debout devant moi ; ils s’appuyaient sur de longs fusils, et les carniers qu’ils portaient, remplis d’oiseaux de mer, indiquaient que c’étaient des chasseurs.

Je me levai vivement et j’ôtai respectueusement mon bonnet.

Le chasseur qui déjà m’avait adressé la parole répéta sa question, qui fut tout aussi inintelligible pour moi, cette fois, que la première.

— Monsieur, répondis-je en saluant, je ne vous comprends pas.

– Aôh ! fit le chasseur ; et changeant aussitôt d’idiome, vous êtes Français, mon ami ? me demanda-t-il.

— Oui, monsieur, répondis-je.

Bien que ce chasseur parlât fort bien le français, il avait cependant un fort accent étranger ; j’appris bientôt qu’il était Anglais.

— Que faites-vous là, tout seul ? reprit-il.

— Vous le voyez, monsieur, je pleure.

— Pourquoi pleurez-vous ?

— Parce que je suis tout seul et abandonné.

— Vous avez déserté ? dit-il d’une voix sévère.

— Non, monsieur, répondis-je vivement ; si j’avais déserté, je n’aurais pas près de moi mon sac et mes effets.

— C’est juste, fit-il en hochant la tête. Dites-moi comment vous êtes ici ; surtout ne me cachez rien, peut-être pourrai-je vous être utile.

— Dieu le veuille, monsieur répondis-je.

Et alors, sans rien omettre, je racontai ma vie comme je la savais, jusqu’au moment où le patron Cabillaud m’avait fait mettre à terre.

Le chasseur et ses deux compagnons, qui, eux