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que j’ignore, toujours est-il qu’après douze jours de cet exercice, ainsi que l’avait pronostiqué le patron Cabillaud, je nageais comme un esturgeon.

Je restai dix mois dans cet enfer, dont je ne vous raconterai pas les souffrances et les misères ; ce serait trop long, d’ailleurs vous les devinez.

Pendant tout ce temps, je ne m’étais pas laissé abattre ; j’avais pris mon parti ; je m’étais résolument mis à apprendre mon métier, autant du moins que cela était possible sur un aussi petit navire.

J’appris ainsi à faire tous les nœuds, depuis la demi-clé et le nœud de bouline jusqu’aux plus compliqués ; les épissures carrées et longues, les paillets, etc. Les matelots et le patron lui-même, adoucis par mon inaltérable bonne humeur, mon activité et mon désir de me rendre utile, avaient fini par me prendre en affection ; ils ne me brutalisaient presque plus ; ils prenaient plaisir à m’apprendre ce que j’ignorais : faire et raccommoder les filets, les lancer, manœuvrer un aviron, serrer les voiles, prendre les ris, gouverner, gouverner surtout ; on m’apprit la rose des vents, ce qui n’est pas une petite affaire ; comme j’écrivais fort bien, le patron, pour comble d’honneur, me donna à tenir son livre de loch ; enfin, mon existence, sauf quelques bourrasques et quelques grains blancs, était devenue à peu près supportable.

De plus, j’étais devenu grand et vigoureux : je ne me ressemblais plus à moi-même ; en fait de métier, j’étais certes meilleur matelot que bien des hommes faits et ayant bien plus longtemps navigué que moi.

Pendant ces dix mois, nous étions plusieurs fois