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notre chasse-marée dansât comme un bouchon sur les lames, je n’avais pas eu la plus légère atteinte du mal de mer : cela taquinait les matelots.

— Mousse ! me dit le patron en clignant l’œil droit, comme un homme qui se prépare à faire une excellente plaisanterie, tu as le pied marin, mon gars, nages-tu bien ?

— Je ne sais pas, capitaine, lui répondis-je naïvement, je n’ai jamais essayé.

— Bon ! nous allons voir cela tout de suite ; accoste un peu.

Je m’approchai sans défiance aucune.

Alors, me saisissant à l’improviste par le collet de ma chemise de laine, il me lança à la mer.

On était au mois de septembre, le froid était vif ; le patron me laissa me débattre, à la grande joie de l’équipage, qui battait des mains et riait à se tordre.

Le froid m’avait saisi ; je ne voyais et n’entendais plus rien, je me croyais perdu ; cependant, au moment où j’allais couler définitivement, car je me sentais mourir, le patron eut pitié de moi et me repêcha.

— Ce n’est pas mal pour la première fois, me dit-il en riant, lorsque je fus assez revenu à moi pour le comprendre ; avant huit jours, si tu ne te noies pas, tu nageras comme un esturgon ; c’est comme ça que mon père m’a appris à nager, et je m’en trouve bien.

La même cérémonie se renouvela ainsi pendant douze jours, deux et même trois fois par jour ; il y avait de quoi tuer un hippopotame, je n’en mourus pas, au contraire ; soit que le moyen fût bon en réalité, quoique brutal, soit pour toute autre raison