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lançai un encrier de plomb à la tête, je faillis le tuer : ce fut le comble, on me renvoya séance tenante.

L’amitié de Mme Lugox, qui jamais n’avait été bien vive pour moi, s’était depuis bien longtemps éteinte ; elle me supportait avec ennui, je ne lui étais plus nécessaire.

Il y eut à mon sujet, entre elle et M. Hébrard, une longue conversation, dont le résultat fut que j’étais un bandit qui finirait mal ; qu’il fallait se débarrasser de moi au plus vite, de crainte que je ne fisse quelque mauvais coup, si je restais plus longtemps à Paris.

D’après le conseil de M. Hébrard, Mme Lugox écrivit à Dunkerque à un de ses parents, attaché à la marine et habitant cette ville ; la réponse ne se fit pas longtemps attendre.

Huit jours plus tard, je signai mon engagement, au bureau de l’inscription maritime, en qualité de mousse.

Ce fut alors que j’appris mon nom véritable, c’est-à-dire celui écrit sur mon acte de naissance — celui fait à Paris — et que j’appris que je n’étais, ni de près ni de loin, parent de M. et Mme Lugox.

Quatre jours après, je montai en diligence et je partis pour Dunkerque, où j’arrivai sain et sauf.

Un monsieur, dont je n’ai jamais su le nom, m’attendait au bureau de la voiture.

Il produisit une lettre, me réclama, et, sans m’adresser une parole, il me conduisit en me tenant par la main, dans la crainte sans doute que je ne lui échappasse, jusqu’à un chasse-marée assez grand, amarré bord à quai, et dans lequel il me força à monter.