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— Pauvre enfant ! me dit-il au moment de partir, dans quel milieu infâme t’a-t-on jeté !

Il m’embrassa et s’éloigna.

Plus tard, j’ai compris ces paroles, dont alors je n’avais pu saisir le sens.

Je fus mis en pension à Versailles ; mais j’aimais trop la liberté pour me plaire dans une pension, si bonne qu’elle fût, et celle-là ne l’était que très-médiocrement.

Aussitôt après le départ de son mari, l’existence de Mme Lugox avait complétement changé.

Elle avait quitté son appartement de la rue Plumet pour en habiter un beaucoup plus beau, rue de Ponthieu ; de là elle était passée rue Neuve-de-Berry, dans un magnifique hôtel qu’elle habitait seule.

Sa maison avait été montée sur un très-grand pied ; elle avait chevaux et équipages, recevait nombreuse compagnie, avait un mobilier somptueux et une campagne à Auteuil, où j’arrivais régulièrement tous les mois, après m’être échappé de ma pension de Versailles.

Je ne pouvais me courber sous la discipline de cette pension ; je sautais par une fenêtre et je venais, tout courant, me réfugier à Auteuil ; le lendemain, on me reconduisait à la pension.

Mais c’était toujours à recommencer.

On me changea d’institution ; on me mit chez un certain M. Petit, rue de Jouy, n° 9, dont l’établissement était célèbre à cette époque, et qui passait pour dompter les caractères les plus difficiles.

Là, ce fut encore pis ; je me mis en pleine révolte contre les professeurs et le chef de l’institution un jour, poussé à bout, il me frappa ; je lui