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s’enfermait avec madame dans sa chambre à coucher, et défense expresse était faite de les déranger, sous aucun prétexte.

Quant à moi, on m’envoyait coucher ou on me faisait rester à la cuisine, avec la bonne, le domestique et le cocher du banquier.

Les trois bons domestiques ne se gênaient pas pour dauber à qui mieux mieux sur leur maître, et raconter devant moi, avec une crudité insolente, une foule de choses que je n’aurais pas dû entendre, surtout à l’âge que j’avais alors.

À minuit et demi, M. Hébrard s’en allait.

Le mari rentrait quelques instants plus tard, ivre le plus souvent.

Alors, au lieu de se retirer chez lui — les deux époux avaient chacun un appartement séparé – il se rendait dans la chambre à coucher de sa femme, lui faisait des scènes horribles, enlevait les couvertures et la rouait de coups de cravache, jusqu’à ce qu’elle eût consenti à lui donner l’argent qu’il exigeait d’elle, en l’accablant des plus affreuses injures ; puis il se retirait, en lui disant d’une voix goguenarde qu’il était juste qu’elle partageât avec lui les bénéfices de la position ridicule qu’elle lui avait faite aux yeux de tous ses amis.

Les choses se passaient ainsi presque toutes les nuits cela devenait intolérable, il fallait y mettre un terme.

J’étais dans la maison depuis à peu près dix mois, lorsque M. Lugox fut nommé consul à Boston et partit pour se rendre à son poste, dont il ne devait jamais revenir.