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ambassadeur : les deux hommes étaient naturellement ennemis irréconciliables.

Mon père quitta son poste et se rendit secrètement à Madrid pour être présent à ma naissance, qui eut lieu calle de Alcala, à deux cents pas à peine du palais de mon père, dans la maison et par l’entremise d’un médecin très-habile, mais encore plus pauvre, nommé Jose Legañez, que l’on crut faire disparaître en l’envoyant au Pérou en qualité de médecin en chef de l’hôpital de Lima, mais que j’ai rencontré plus tard, dans des circonstances singulières que je vous dirai.

Je suis donc, non pas un enfant naturel, mais un enfant adultérin ; ma naissance ne fut pas déclarée à Madrid ; l’intendant de mon père, qui était son frère de lait et avait pour lui un de ces dévouements absolus, inconscients, que rien n’arrête, m’emporta quelques heures seulement après ma naissance, traversa l’Espagne, franchit les Pyrénées et me conduisit à Paris ; il me nourrissait pendant le voyage avec du lait de chèvre ; comment je ne mourus pas pendant ce long et pénible trajet, fait surtout dans ces conditions exceptionnelles, ceci est une énigme que, depuis que je suis homme, j’ai vainement essayé de comprendre ?

Arrivé à Paris, l’intendant s’aboucha avec certaines personnes, sans doute gagnées et prévenues à l’avance, et me porta rue Neuve-du-Luxembourg, n° 14, presque en face de l’église de l’Assomption, chez un médecin nommé le docteur Paul Herbillon ; ce médecin ne fit aucune difficulté pour se charger de faire la déclaration de ma naissance, comme si j’étais né chez lui ; cette déclara-