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Depuis longtemps déjà le déjeuner était terminé.

Les deux amis avaient même bu le café et les liqueurs, ce complément obligé de tous les repas confortablement ordonnés.

M. Maraval choisit un puro, parmi ceux placés sur la table dans une assiette ; il alluma le puro d’un air pensif, et, pendant quelques instants, il demeura silencieux, les yeux fixés au plafond de la cabine, que cependant il ne regardait pas.

Soudain, M. Maraval se pencha sur la table, aspira vivement deux ou trois fois la fumée de son cigare, et, le retirant de sa bouche :

— Je ne sais vraiment pas pourquoi, dit-il d’un ton de bonne humeur, j’hésite si longtemps, mon cher Olivier, à vous dire la vérité. Vous êtes un cœur vaillant : mieux vaut cent fois, je crois, vous dire nettement les choses, que de vous laisser ainsi vous creuser en pure perte le cerveau à deviner des énigmes ; d’ailleurs, un homme prévenu en vaut deux ; vous prendrez vos précautions, ce qui est préférable, et tout sera ainsi terminé.

— Oui, vous avez raison, Jose, mieux vaut cent fois parler net ; soyez convaincu que, quoi qu’il arrive, je ne faillirai pas.

— Je l’espère, mon ami, et je m’explique. Tout ce que les hommes projettent est bâti sur le sable ; presque toujours les meilleures résolutions sont vaines ; ou plutôt le hasard, ou si vous le préférez la Providence, se plaît à déjouer les combinaisons les plus sûres, les plans les plus habilement conçus, et à amener à l’improviste les péripéties les plus étranges ; vous allez en juger.